Edito

Khoya, kh’ti !

En entrant dans un magasin du quartier du Mirail à Toulouse, une salariée de To7 se disait touchée d’avoir entendu son ami interpellé ainsi : Khoya. Mon frère.

A ces mots elle nous confiait le côté chaleureux de l’accueil ressenti dans ce magasin. En disant cela, l’ami n’était plus un étranger, mais un membre de la famille.

Khoya, Kh’ti, mon frère, ma sœur, avec ces mots du Maghreb, voici donc dans ce numéro un questionnement sur le troisième pilier de notre devise républicaine. Liberté, Egalité, Fraternité.

De qui sommes-nous les frères et sœurs et quelles sont ces valeurs de fraternité aujourd’hui dans un monde où on a tendance à se replier sur soi, son groupe, sa communauté ?

Même dans les familles nous pouvons savoir la difficulté d’être frère et sœur, avec la possibilité pour chacun et chacune d’obtenir la reconnaissance de sa propre place d’individu à part entière, digne d’exister pour lui-même et d’écrire son propre récit de vie.

On connaît parfois aussi tous les conflits qui naissent dans la revendication d’un héritage, la fierté des frontières défendues contre ceux qui cherchent asile ou une chance de s’en sortir économiquement.

Aussi, à partir du moment où l’on se reconnaît membres de la même famille, n’attend-on pas encore davantage de celui ou celle qui est des nôtres, qui devrait posséder les mêmes codes, les mêmes valeurs… et  nous voilà encore plus blessés par un sentiment de trahison au moment où l’autre ne répond pas aux attentes que j’avais placé. De ce paradoxe peuvent naître beaucoup de souffrances mais peut-être aussi ce bonheur de la solidarité qui dépasse toute frontière lorsque je n’attends pas de l’autre qu’il soit mon frère ou ma sœur mais quand j’essaie toujours et à nouveau de devenir moi-même son frère.

Rémi Droin

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