2018 : une année d’interpellation

Extraits du rapport d’orientations présenté à l’Assemblée Générale du 16 mai 2018 par Solange Hollard,  présidente de l’association Toulouse Ouverture

 

TO7 est régulièrement bousculé, interrogé. Je citerai 2 exemples :

Dans un souci d’efficacité, de mesurabilité, les financements sont de plus en plus ciblés, dirigés vers un public donné pour une action spécifique. Au bout de cette logique : le fonctionnement par appels d’offres.

Mais alors doit-on s’adapter ?

Doit-on mettre un filtre à l’entrée de TO7 pour vérifier que le « client » potentiel relève bien de la population pour laquelle nous sommes subventionnés, et que son attente est bien dans la liste des prestations applicables ?

Donc, faire le tri parmi les personnes et parmi les besoins ?

Nous avons tous la réponse à ces questions : ce n’est pas vers cela que nous voulons aller !

Ce questionnement n’est, néanmoins, pas théorique : nous nous trouvons confrontés à une difficulté de ce type avec le financement de l’alphabétisation par la préfecture. Traditionnellement nous recevions une subvention de 9 000 €, sans autre obligation que de l’utiliser pour l’alpha… ce que nous faisions, dans la logique de fonctionnement de TO7.

Cette année cette subvention rentre dans un cadre différent, et des conditions, entre autres, d’éligibilité des bénéficiaires sont requises. Devant cette contrainte, le conseil d’administration a décidé de prendre le temps de la réflexion et, cette année, il n’y aura donc pas de subvention « alpha » de la préfecture.

Mais comment faire alors pour que TO7 reste ce lieu gratuit d’accueil inconditionnel, d’accompagnement de tous vers l’autonomie, afin que ceux qui ne sont jamais dans la bonne case ailleurs puissent, à TO7, trouver un lieu qui leur soit ouvert et adapté ? Ce lieu « pour rien », mais qui permet à chacun de se sentir exister.

Autre exemple : les contraintes subies par les plus démunis à cause du recours souvent exclusif au numérique dans les démarches administratives.

Parce qu’ils sont exclus de la digitalisation et que c’est aussi handicapant d’être ana-digital-bête que d’être an-alpha-bête, c’est une exclusion, un déclassement de plus.

Et, donc, si on ne résistait pas, nous serions poussés par les accueillis eux même à gagner en efficacité, en productivité, et ainsi, en faisant au plus vite, à leur place, on s’assurerait de leur continuelle dépendance.

On délivrerait ainsi des prestations formatées, pour pallier les insuffisances des services publics, qui n’ont plus la capacité à rendre service à tous les publics.

Encore une fois, ce n’est pas théorique : ce questionnement des accueillis est fondateur, leur besoin est pour aujourd’hui, mais aussi pour demain ; il faut répondre à l’immédiat bien sûr mais aussi – surtout-  accompagner vers l’autonomie.

Et cela dans un monde du tout digital : utopie ou nécessaire ambition ? En tout cas, questionnement !

Un exemple récent d’initiative positive de TO7, présenté dans le rapport d’activité – les goûters -, semble porteur d’avenir ; ces goûters, à thème choisis par les accueillis, incluant visite ou rencontre permettent de « faire » collectif et de sortir des problèmes individuels. C’est une réussite de cette année que nous allons poursuivre.

TO7, lieu d’accueil inconditionnel, lieu pour rien, est questionné… Nous devons mener ces réflexions, mais aussi d’autres :

  • Quelles vont être les conséquences des nouvelles lois sur l’immigration ?
  • Comment va évoluer la politique vis-à-vis des quartiers dit sensibles, tant de la part de Toulouse Métropole que de l’Etat?

L’avenir est porteur de nouveaux risques pour les hommes et les femmes en situation précaire.

Evidemment, TO7 n’est que TO7… Nous devons prendre le temps de la réflexion pour rester un lieu d’initiative, indépendant et interpellé par les besoins des accueillis, juger les opportunités à l’aune de nos valeurs et de nos fondamentaux !

Nous devons faire vivre et développer nos partenariats avec les acteurs sociaux,la maison des solidarités et les institutionnels.

Et nous devons continuer à enrichir nos équipes de bénévoles,avec des personnes qui auraient du temps pour mener les chantiers de réflexion proposés !

 

 

 

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